D’où vient notre penchant pour l’alcool ?

En famille, entre amis ou même lors d’un repas d’affaires entre collègues, nous aimons bien boire un verre de vin, sinon plus. Mais d’où vient notre penchant pour l’alcool ?

Une relation complexe avec l’alcool

L’Homme entretient avec l’alcool une relation dont l’origine biochimique est complexe. Cette substance est toxique, et pourtant attirante. Un attrait qui provient de la capacité qu’a l’être humain de la digérer efficacement, propriété héritée de ses ancêtres les primates. Les cellules de l’organisme ont besoin d’énergie pour fonctionner ; le glucose est la principale source de cette énergie. Au cours du processus métabolique, cette substance subit une oxydation en eau et en gaz carbonique, et l’énergie extraite est transformée en carburant essentiel au bon fonctionnement des cellules. Certains organismes ont toutefois développé une autre méthode d’extraction de cette énergie : les levures notamment agissent par fermentation aérobique ; le glucose n’est pas complètement oxydé, mais est converti en alcool éthylique, l’éthanol, substance qu’elles peuvent alors utiliser quand le sucre se raréfie. Alors que l’alcool est une substance particulièrement toxique pour la majorité des espèces vivantes, sa production par les levures leur conférait un indéniable avantage de survie, de sorte qu’il a été conservé depuis son apparition, qui remonte à quelque 100 millions d’années, moment de l’apparition des plantes à fruits sur Terre, lesquels sont la principale source de glucose dans la nature.

La capacité des humains à détoxifier l’alcool

Les humains ont développé la très rare aptitude à dégrader l’alcool pour en contrer les effets toxiques, et ce, grâce à une enzyme, principalement présente dans le foie. Cet organe est capable de convertir l’alcool en acétaldéhyde. Une autre forme de cette enzyme codée ADH4 est en outre présente dans l’œsophage, l’estomac ainsi que les intestins. Elle entre en jeu dans la tolérance à l’alcool, puisqu’en entrant en contact avec cette substance, elle en réduit les effets toxiques. Cette enzyme est plutôt récente : elle n’existe que depuis environ 10 millions d’années, chez le primate qui est l’ancêtre commun des singes et humains. Il s’agit certainement d’une adaptation à la vie au sol, où les fruits sont nombreux mais source d’alcool en raison de l’activité métabolique des levures. Cette enzyme serait donc apparue pour contrer les effets de ces fruits fermentés : diminution de l’attention, amoindrissement des réflexes, altération de la motricité ou encore somnolence, autant de signes de l’ivresse qui peuvent être fatals dans la forêt. D’ailleurs, les grands singes tels que les orangs-outans, qui vivent principalement dans les arbres et ne se nourrissent pas de tels fruits, sont dépourvus de cette forme active d’ADH4.

L’effet euphorisant de l’alcool

Cela explique pourquoi l’homme est capable de supporter les effets d’une boisson qu’il y a commencé à produire il y a plus de 7000 ans avant J.-C., par la fermentation d’une partie de ses récoltes de céréales. Et si l’homme est si attiré par l’alcool, c’est pour les sensations qu’il apporte. On peut en apprécier l’arôme, le goût, les saveurs si différentes selon les types de vins et autres boissons alcoolisées, mais aussi ses effets. L’alcool entraîne une modification de l’état de conscience, c’est-à-dire de la perception de soi et du monde extérieur. Il embrume l’esprit, donne l’impression de flotter. Beaucoup peuvent rechercher ces conséquences de l’alcool, qui donne le sentiment de décompresser, d’oublier les contraintes du quotidien. Il est aussi un coup de pouce pour aider certains à affronter leurs peurs et difficultés : l’alcool aide à se sentir plus fort, plus courageux, moins timide, moins angoissé. Il est également associé à la détente, à la fête, à un moment de partage et de plaisir avec des proches ou des amis. Toutes ces raisons expliquent ainsi le penchant que l’on a pour l’alcool.

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